Le calendrier ne laisse aucun répit à la politique israélienne. Cette semaine, la Knesset s’apprête à trancher le sort d’une coalition improbable, au moment où Benjamin Netanyahu s’apprête à quitter la scène du pouvoir après plus d’une décennie de règne sans partage.
Après douze ans passés à la tête du gouvernement, Benjamin Netanyahu, souvent accusé d’instrumentaliser les divisions pour protéger son fauteuil, s’efface du centre de l’arène. Il n’est plus dans la coalition qui se prépare à gouverner. Désormais, tous les regards convergent vers la Knesset et ce vote décisif qui conditionne la suite. L’alliance hétéroclite réunie autour de Yair Lapid, aux commandes de l’opposition, suscite l’étonnement : deux partis d’opposition, deux mouvements centristes, trois formations de droite dont l’audacieuse Yamina, étiquetée à l’extrême, et, pour la première fois en Israël, la présence dans la majorité du parti arabe Raam. Jamais une coalition n’avait rassemblé autant d’intérêts contradictoires. Mais une ligne rouge les unit : tourner la page Netanyahu.
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Toutes ces tractations restent suspendues à une date encore incertaine, entre mercredi ou lundi 14 juin, que doit fixer Yariv Levin, chef de la Knesset. Depuis le début de la semaine, le pays retient son souffle : l’annonce officielle du vote se fait attendre, son timing tient tout un peuple en haleine. Naftali Bennett, figure de Yamina et premier ministre pressenti, hausse le ton : il presse Yariv Levin, soutien indéfectible de Netanyahu, d’en finir avec les jeux d’attente. Selon Bennett, Netanyahu tente chaque manœuvre possible pour repousser l’échéance. L’intérêt du pays doit primer, martèle-t-il.
Si cette majorité obtient la confiance du Parlement, plus de deux ans de blocage politique, jalonnés par quatre scrutins sans issue, toucheront à leur terme. C’est un front uni par un objectif unique : sortir Netanyahu du jeu. Pour nombre d’Israéliens, ce frêle consensus représente déjà un pari inespéré.
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Netanyahu monte d’un cran et dénonce un gouvernement ‘dangereux, de gauche’
Face à la perspective de perdre le pouvoir, Netanyahu multiplie les alertes et durcit ses attaques. Il livre à ses partisans une description sans nuance du futur gouvernement, qu’il dépeint comme une menace de gauche. Pendant ce temps, la presse dénonce une escalade dans la volonté de déstabilisation du camp sortant, une atmosphère jugée hors de contrôle par de nombreux commentateurs.
Les soutiens de Netanyahu font entendre leur colère, des rassemblements se multiplient aux abords des domiciles de responsables politiques. Sur les réseaux, la rhétorique se tend : certains crient à la traîtrise. Les menaces se multiplient ; des observateurs y voient le climat tendu des semaines ayant précédé l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995, lorsque le pays était fracturé après les accords d’Oslo.
Dans ce contexte bouillant, le chef du Shin Bet, Nadav Argaman, déroge à la règle de la discrétion qui prévaut généralement à la tête de la sécurité intérieure. Il alerte, publiquement, sur le risque lié à la multiplication de discours violents, surtout en ligne : selon lui, ce genre de parole jette de l’huile sur le feu et ouvre la porte aux actes irréversibles. Impossible d’ignorer la gravité de son message.
Ce climat de crispation contamine jusqu’aux cénacles institutionnels. Ce matin, la commission parlementaire des questions de sécurité s’est rassemblée en urgence ; à l’ordre du jour, des sujets à haute tension, dont une marche prévue à Jérusalem-Est par l’extrême droite. Sous pression, la police décide finalement de ne pas l’autoriser ; la mobilisation est annulée. Même le Hamas n’a pas hésité à durcir sa position, menaçant en cas de provocation d’un nouvel embrasement comparable à l’escalade du mois précédent. Dans ce contexte, l’un des leaders islamistes souligne que la journée prévue ne doit pas tourner au désastre déjà vécu le 10 mai, date où le pays a plongé dans onze jours de conflit armé.
Malgré cette atmosphère chargée, la nouvelle coalition va droit au but et s’organise. Une première réunion de travail est déjà à l’agenda, avec Yair Lapid et Naftali Bennett à la manœuvre. Les deux hommes se partageront le poste de Premier ministre à tour de rôle : Bennett jusqu’en 2023, puis Lapid prendra la relève. L’ère Netanyahu ne s’est pas encore officiellement close, mais l’inflexion est palpable.
Hier, Naftali Bennett a pris la parole en direction de celui qui fut son mentor : il lui intime de passer à autre chose, d’abandonner l’obstruction. Il appelle à la retenue et au respect du parcours accompli. « Tout le pays cherche à se rappeler ce que vous avez fait de positif, pas l’amertume que vous laissez derrière vous », résume-t-il, sans détour.
La Knesset s’apprête à décider, dans la tension et l’incertitude, du visage d’un nouveau chapitre. Entre risques de rupture et promesse de renouvellement, Israël navigue sur une ligne de crête. Les heures qui viennent pourraient bien marquer bien plus qu’un simple changement de gouvernement.

