Un chiffre brut, implacable : 66 ans. C’est le temps que Charles d’Angleterre a passé à attendre, en ligne droite, que le destin royal daigne enfin se tourner vers lui. Né le 14 novembre 1948, ce fils aîné d’Elizabeth II et du prince Philip aura franchi le cap des 70 ans en traînant derrière lui l’une des attentes les plus longues de la monarchie britannique. Certains l’appellent déjà le « roi en sursis ».
Des décennies à guetter la couronne
Depuis ses 4 ans, Charles voit la couronne à portée de main, sans jamais pouvoir la saisir. Ce record d’attente lui vaut même le titre officieux de « futur roi le plus âgé de l’histoire ». Sa mère, Elizabeth II, a repoussé toutes les échéances : du haut de ses 92 ans, elle détient le règne le plus long de la monarchie britannique et n’a jamais faibli dans son engagement. Si Charles devait monter sur le trône, son âge pèserait forcément sur la durée de son règne.
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Robert Jobson, biographe de Charles et auteur de « Charles At Seventy: Thoughts, Hopes and Dreams », l’affirme sans détour : « Personne n’est plus conscient que Charles que, le moment venu, le temps lui sera compté. » Voilà qui alimente l’idée, tenace, que la reine n’a jamais envisagé de laisser la place de son vivant, préférant tenir jusqu’au bout son engagement pris lors de son couronnement en 1953.
Vanity Fair, dans son numéro de décembre 2018, a publié un portrait révélateur à l’occasion des 70 ans de Charles. Un témoignage anonyme y rapporte qu’en 2013, lorsqu’on a parlé à la reine de la démission du pape Benoît XVI, elle aurait rétorqué : « Cela, je ne le ferai jamais ! »
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Jobson dépeint Charles comme un « roi dans l’ombre », guettant le moment où, peut-être, la reine lui remettra la gestion des affaires du royaume, devenant alors prince régent. Les spéculations vont bon train : certains avancent que ce passage de témoin pourrait se produire lorsque la reine aura 95 ans, sans toutefois que le mot abdication ne soit prononcé. Charles hériterait alors des responsabilités, mais sa mère maintiendrait la symbolique de son serment, fidèle à son peuple jusqu’à son dernier souffle.
Entre orthodoxie et controverses
Autour de Charles, les rumeurs se multiplient : certains voient dans son rapport au trône un refus personnel, dicté par des convictions religieuses. Devenir roi, c’est aussi devenir chef suprême de l’Église anglicane. Or, les bruits de couloir évoquent parfois un malaise, voire une réticence, car Charles aurait un rapport intime avec l’orthodoxie orientale, au point d’alimenter les fantasmes les plus farfelus.
Pour étayer ces théories, on fouille l’arbre généalogique de Charles, on remonte à ses ancêtres et à leurs croyances.
Les racines grecques de Charles
Le père de Charles, Philip, duc d’Édimbourg, est né en 1921 à Corfou. Dans sa jeunesse, il était connu comme « Philip le Grec » et portait le titre de prince de Grèce et de Danemark. Son propre père, le prince André de Grèce et de Danemark, a connu l’exil après la chute du front d’Asie Mineure et s’est installé à Paris grâce à l’intervention britannique.
Jusqu’en 1947, Philip pratiquait la religion orthodoxe grecque, avant de rejoindre l’anglicanisme lors de son mariage avec Elizabeth. La grand-mère paternelle de Charles, la princesse Alice, a fini sa vie dans la foi orthodoxe, menant une existence quasi monastique. Quant à ses grandes-tantes, Alexandra et Elizabeth, elles ont été assassinées pendant la Révolution d’Octobre et sont aujourd’hui reconnues comme martyres orthodoxes.
Une famille marquée par la foi et les tensions
La presse britannique, toujours à l’affût, n’a jamais cessé d’alimenter les spéculations sur la foi de Charles. De simples sous-entendus aux affirmations directes, elle suggère que le futur roi resterait écarté du trône parce qu’il serait attaché à ses racines chrétiennes orientales. Des récits rapportent même des disputes entre la reine et Philip, ce dernier cherchant à transmettre à Charles ses origines grecques, au grand dam de la souveraine.
Le mont Athos, les icônes et la blessure de Diana
Les visites de Charles au mont Athos, ce haut lieu de spiritualité orthodoxe, ne sont jamais passées inaperçues auprès des observateurs. Régulièrement, il séjourne dans les monastères, notamment à Vatopedi, loin des projecteurs. En 2004, il s’y est rendu trois fois en un an. Plusieurs témoignages racontent que, peu après le drame de la mort de la princesse Diana, Charles aurait trouvé un apaisement au mont Athos, comme une parenthèse dans le tumulte de sa vie.
Dans sa résidence de Highgrove, une chapelle abrite sa collection d’icônes byzantines, dont certaines offertes par des moines. On sait aussi qu’il a financé, à hauteur de 650 000 livres, les restaurations du monastère d’Hilandar, gravement endommagé par un incendie en 2003.
Un héritier sous surveillance
Les tabloïds ne manquent jamais une occasion de relancer le débat. Selon certains d’entre eux, l’attachement de Charles à l’orthodoxie serait à l’origine de tensions avec Elizabeth II. Le palais dément systématiquement, rappelant que l’orthodoxie fait partie de l’histoire de la famille royale britannique. Charles, lui, évite de commenter sa foi, préférant évoquer les racines familiales liées à l’Orient chrétien. Mais il n’en faut pas plus pour nourrir l’idée d’un éventuel baptême secret dans la tradition orthodoxe.
Derniers scénarios et succession
Le protocole prévoit qu’après la mort de la reine, Charles accède au trône. Son couronnement n’interviendra qu’un an après le décès d’Elizabeth II. Pourtant, certains imaginent déjà un autre rebondissement : Charles pourrait choisir de transmettre la couronne à William ou, au contraire, décider de régner, malgré son âge et les interrogations sur ses convictions religieuses. Au bout de cette longue attente, la monarchie britannique s’apprête à tourner une page. Mais qui écrira la suivante ?

