Dépenser plus à Shanghai qu’à Kunming n’a rien d’exceptionnel. En Chine, l’addition varie autant selon la ville que selon vos habitudes. Un whisky-cola dans un bar chic de Shanghai, l’huile d’olive importée, et la facture grimpe. À l’inverse, un passage au Perry’s, ce bar étudiant où la Tsingdao se vend à 10 yuans, et quelques plats chinois, et le portefeuille respire.
Pour se loger à Pékin ou Shanghai, il faut souvent compter entre 2 500 et 3 500 yuans par mois pour une chambre dans une colocation. S’éloigner du centre fait baisser le tarif, mais chaque quartier affiche ses propres prix. Dans d’autres grandes villes, les loyers reculent encore, mais il faut nuancer : la disparité entre arrondissements reste forte. À cela, ajouter en général 400 à 600 yuans par mois pour l’électricité, l’eau, le gaz et l’accès Internet, partagés entre locataires.
Impossible de se passer de téléphone : un budget de 100 yuans par mois permet de couvrir appels et Internet pour la plupart des usages courants. Côté repas, avaler un bol de jiaozi ou un plat de lamian coûte entre 10 et 15 yuans. Mais une envie de viande quotidienne, de poisson ou de restaurants réputés fait grimper la note, le tout dépend alors du contenu de votre assiette.
Pour les déplacements, le métro et le bus dominent : 5 yuans par jour, soit environ 150 pour un mois complet. Les taxis, eux, voient leurs prix grimper chaque année, surtout à Shanghai et Pékin. Malgré tout, ils restent nettement moins chers que dans la plupart des grandes villes européennes ou américaines.
Pour y voir plus clair, voici une estimation de budget mensuel crédible si vous commencez dans une grande ville chinoise :
- Loyer : environ 3 000 yuans
- Charges (eau, gaz, électricité, Internet) : 200 yuans
- Téléphone : 100 yuans (Internet inclus)
- Nourriture : entre 1 100 et 2 100 yuans, selon si vous mettez souvent les pieds dans un restaurant « occidental »
- Transports : 150 yuans
Au final, prévoir entre 4 500 et 5 500 yuans pour les premiers mois à Pékin ou Shanghai. Ce n’est qu’une base : loisirs, dîners, un verre de vin, vêtements, soins, assurances, visa, billets d’avion ou imprévus viennent vite gonfler le budget.
Autre singularité locale : de nombreux employeurs soignent leurs salariés avec de sérieux bonus non financiers. Le cas n’est pas rare d’une prime en riz pour le Nouvel An, ou d’un logement entièrement pris en charge, parfois même l’assurance, le visa, les trajets quotidiens ou un billet d’avion pour rentrer une fois par an.
Coût de la vie par mois : trois profils types
Pour visualiser concrètement les différences de dépenses, trois profils synthétiques : ils reflètent trois façons réalistes de travailler et vivre en Chine au quotidien.
- L’Économe : en colocation en périphérie, toujours en transports publics, rares sorties, cuisine maison.
- L’Expatrié moyen : partage d’un appartement central, quelques soirées par semaine, taxis si besoin, restaurants chinois courants.
- Le Généreux : studio en centre-ville, taxis à volonté, vie sociale animée, tables occidentales, massages fréquents.
Voici comment le budget se répartit, selon ces profils, dans quatre grandes villes :
| Le Saver | L’expatrié moyen | Le Wasteful | |
|---|---|---|---|
| Pékin | 5.970 CNY | 10.937 CNY | 22 668 CNY |
| Guangzhou | 5.621 CNY | 10.814 CNY | 24.570 CNY |
| Shanghai | 6.431 CNY | 12.312 CNY | 27 450 CNY |
| Shenzhen | 5.952 CNY | 11,381 CNY | 25,241 CNY |
La vie en Chine : chère ou accessible ?
À Shanghai, le niveau de vie reste inférieur de 5 % à Rome mais dépasse Madrid de 6 %. L’écart avec Londres atteint 45 % en moins, 41 % par rapport à New York, et 26 % comparé à Los Angeles, alors que la ville coûte nettement plus cher que Bangkok ou Hanoï. En réalité, les comparaisons entre villes ne disent pas tout : seules les dépenses sont prises en compte, les revenus étant exclus du calcul. À New York, un salaire triple permet d’affronter des prix plus élevés ; à Hanoï, c’est l’inverse, sans augmentation du salaire local, le quotidien devient vite moins supportable.
Salaire moyen en Chine : réalités concrètes
Les salaires progressent depuis plusieurs années. Aujourd’hui, il ne faut plus forcément décrocher un gros contrat d’expatrié pour bien gagner sa vie. Certains profils sont recherchés et la rémunération suit. Mais la concurrence se renforce, les offres mirobolantes pour étrangers deviennent plus rares, une réalité qui s’observe également à Hong Kong. D’un bout à l’autre du pays, le niveau de vie reste inégal.
Salaires : disparités marquées selon la ville
Regard sur les grandes métropoles qui concentrent le flux d’expatriés.
Shanghai
Pendant longtemps, Shanghai figurait en haut du classement mondial pour les salaires d’expatriés : au-dessus de 200 000 dollars par an, devançant Singapour ou Tokyo. Récemment, la plupart des entreprises continuent à prendre en charge le logement pour leurs employés étrangers, ce qui soulage le coût du loyer. En local, la municipalité affichait en 2018 un salaire moyen de 7 200 RMB mensuels (environ 1 047 $), après l’impôt et les cotisations sociales. L’écart reste ainsi très visible entre expatriés et travailleurs locaux.
Le secteur d’activité pèse également. Dans la banque, les rémunérations sont généralement autour de 36 100 RMB (5 157 $) par mois, avec des planchers à 20 400 RMB (2 914 $) et des sommets à 66 800 RMB (9 542 $). Du côté de la pharmacie, un clinicien gagne près de 32 166 RMB (4 595 $).
Pékin
En 2018, Pékin présentait les salaires moyens les plus élevés de Chine ; l’écart entre public et privé reste toutefois marqué. Salariés du secteur non privé : autour de 146 000 RMB (20 823 $) annuels, contre 77 000 RMB (10 896 $) dans le privé. Les expatriés, pour leur part, bénéficient de revenus souvent calés entre 100 000 et 200 000 $ par an.
Quelques exemples de salaires annuels moyens (Payscale.com) :
- Ingénieur logiciel : 228 000 RMB
- Responsable RH : 384 000 RMB
- Chef de projet : 234 000 RMB
- Directeur marketing : 495 000 RMB
Shenzhen
Capitale de la tech, Shenzhen affiche des écarts gigantesques : certains gagnent dix fois plus que d’autres. Les pros de la finance ou du numérique dominent, tandis que la production ou la restauration restent très en-dessous. Pour ceux qui veulent vivre seuls au centre-ville sans se serrer la ceinture, viser au moins 20 000 RMB par mois est une bonne base. Les loyers augmentent vite, mais demeurent plus bas qu’à Pékin ou Shanghai. En 2017, le secteur le mieux payé atteignait 25 274 RMB (3 610 $) mensuels, contre 24 305 RMB (3 472 $) l’année précédente.
Chengdu
Le quotidien y coûte nettement moins que dans les grandes agglomérations côtières, et les salaires s’adaptent ; la métropole, cependant, change vite et attire davantage d’expatriés chaque année. La moyenne locale s’établit autour de 5 567 RMB (800 $) par mois, d’après Numbeo. Certains profils en demande décrochent facilement davantage. SalaryExplorer donne une rémunération moyenne de 29 694 RMB (4 242 $) mensuels, entre 4 187 RMB (598 $) et 136 967 RMB (19 566 $).
La fourchette est vaste, selon le poste ou le niveau du contrat : les salaires de 150 000 $ à 300 000 $ annuels ne sont pas rares. Par exemple, un directeur d’usine à Dongguan ou un responsable qualité peut viser les 300 000 $ l’an selon les offres recensées par des cabinets comme LinkedIn ou Robert Walters.
Fiscalité des expatriés en Chine : mode d’emploi
L’impôt sur le revenu y reste inférieur à l’Europe, et la progressivité du barème est nette. À la loupe, l’Administration fiscale chinoise applique ceci :
- Jusqu’à 3 000 RMB : 3 %
- 3 001 à 12 000 RMB : 10 %
- 12 001 à 25 000 RMB : 20 %
- 25 001 à 35 000 RMB : 25 %
- 35 001 à 55 000 RMB : 30 %
- 55 001 à 80 000 RMB : 35 %
- Au-delà de 80 001 RMB : 45 %
Une déduction forfaitaire de 5 000 RMB par mois s’ajoute d’office pour chaque salarié étranger. L’année fiscale démarre au 1er janvier, la déclaration doit être faite avant le 31 mars le plus souvent par l’employeur. Plusieurs cas imposent malgré tout de s’en charger soi-même :
- Revenus supérieurs à 120 000 RMB
- Revenus non prélevés à la source
- Activité pour plusieurs employeurs en Chine
Nouvelle loi fiscale : changements majeurs pour les étrangers
Depuis janvier 2019, tout étranger travaillant plus de 183 jours en Chine sur une année devient résident fiscal et doit déclarer ses revenus mondiaux, à la façon du Royaume-Uni, des États-Unis, de la France ou de l’Australie. Il reste possible cependant d’éviter cette règle mondiale : quitter le territoire au moins trente jours tous les six ans permet de s’en soustraire.
- Rester plus de 183 jours conduit à imposer la totalité des revenus mondiaux
- Quitter le pays 30 jours tous les 6 ans : pas de taxation universelle
Auparavant, la condition était d’un an de présence pour être considéré comme résident fiscal : le seuil est donc abaissé. Pour la majorité des expatriés, ces démarches restent maîtrisables, à condition de s’y préparer : si le doute subsiste, un conseiller fiscal avisé est toujours une bonne idée.
Questions fréquentes
Voici les réponses aux interrogations qui reviennent le plus sur le coût de la vie et les salaires en Chine :
Comment sont recueillies les données sur le coût de la vie ?
Ces chiffres s’appuient sur les retours de lecteurs résidant sur place. Chacune de leurs réponses met à jour la base de données et ajuste les moyennes publiées.
Pourquoi ne donner que quatre villes dans vos comparatifs ?
Ce choix s’explique par le nombre suffisant de réponses récoltées dans ces agglomérations. Dès que d’autres villes atteignent le seuil de fiabilité requis, elles seront ajoutées.
Quelle ville chinoise est la plus chère ?
Pour le moment, Shanghai tient la tête, juste devant Pékin, surtout pour le prix des loyers. Plus on s’éloigne de la côte, plus la vie devient raisonnable.
Combien faut-il prévoir pour vivre convenablement en Chine ?
Cela dépend grandement de la ville choisie et de vos habitudes de consommation. Les exemples de profils mensuels ci-dessus donnent une vision plus détaillée : les écarts sont considérables.
La vie en Chine est-elle chère ?
Le budget quotidien reste généralement accessible, mais l’écart est frappant entre métropoles et villes moyennes. À Qingdao, Dalian ou Jinan, les prix baissent nettement.
Quel est le salaire moyen en Chine ?
D’un endroit à l’autre, le montant varie, mais le niveau moyen reste attractif, même dans les villes secondaires : Shanghai caracole autour de 980 € mensuels, Pékin dépasse 850 €, Shenzhen se situe près de 815 €.
Existe-t-il un salaire minimum national en Chine ?
Non, chaque région ou municipalité définit sa propre échelle, selon la réalité économique locale. Ce qui explique la variété de planchers, même entre zones voisines.
Combien coûte un repas en Chine ?
Tout change d’un quartier à l’autre. Un petit-déjeuner modeste débute autour de 10 ou 20 yuans, le café variante à la hausse. Pour déjeuner ou dîner, comptez minimum 10 yuans, mais l’addition s’envole facilement dans certains restaurants prisés. Un menu complet type fast-food tourne autour de 40 yuans, soit un peu plus de 5 euros.
Le pourboire existe-t-il en Chine ?
La pratique n’a pas vraiment pris dans la société chinoise. Dans certains milieux touristiques, guides ou chauffeurs habitués aux visiteurs reçoivent parfois un extra, mais cela ne court pas les rues.
Les habitudes évoluent vite : la photographie économique de la Chine n’est jamais figée. Plus la collecte de données se densifie, plus les disparités régionales se révèlent, jusqu’à dévoiler une toute nouvelle géographie du pouvoir d’achat et des trajectoires professionnelles.

