Un visa peut changer le cours d’un été, l’économie d’un pays, la vitalité d’une rue commerçante. Les délais d’obtention, eux, font et défont les itinéraires de milliers de visiteurs chinois à travers l’Europe. Pointé du doigt par Global Blue, relayé par Europa Press, le constat est sans appel : l’Espagne impose toujours un parcours semé d’attentes à ses visiteurs venus de Chine. Là où la France ou l’Italie expédient la demande en un clin d’œil, il suffit parfois de patienter un à trois jours, les autorités espagnoles s’enlisent dans une quinzaine. Ce décalage n’est pas sans coût : à force de délais, l’Espagne laisse filer des voyageurs dépensiers vers des pays voisins. Une erreur de calcul clair lorsque l’on sait que les touristes chinois génèrent à eux seuls 32% des dépenses réalisées par les non-Européens, avec un panier moyen de 1 007 euros par acte d’achat. Pour donner un ordre de grandeur, c’est l’équivalent du budget d’une semaine de vacances pour un Européen lambda.
Plus de visibilité dès l’origine
Global Blue ne se contente pas de pointer du doigt les lenteurs administratives. L’organisme insiste sur un autre levier à activer : faire rayonner la destination Espagne sur les marchés lointains. Cette ambition ne se décrète pas, elle réclame des moyens. Un chiffre illustre le retard : l’Espagne dispose de trois antennes touristiques en Allemagne, mais n’en compte que deux en Chine. Et pour l’ensemble des huit pays du Golfe, réputés pour leurs voyageurs au pouvoir d’achat encore supérieur, un seul bureau couvre tout le territoire. C’est maigre, quand on mesure le potentiel. Pour toucher ces publics, il ne suffit plus d’afficher des brochures en vitrine. Les campagnes doivent investir massivement les canaux numériques, aujourd’hui incontournables pour informer et inspirer les voyageurs. Miser sur les relais digitaux, comme cela a été fait l’an passé avec une vague d’influenceurs, permet aussi de rééquilibrer la balance face à des freins comme le taux de change ou la réputation ternie par l’instabilité politique catalane.
DIVA, la bascule numérique du shopping
En matière d’expérience touristique, l’année s’annonce marquée par une nouveauté attendue : la généralisation de la validation numérique du remboursement de la TVA, le dispositif DIVA, porté par l’Agence fiscale et coordonné avec Global Blue. Dès le 1er janvier, cette étape deviendra la norme, conséquence directe de la nouvelle réglementation sur la TVA. L’Espagne prend ainsi une longueur d’avance sur l’Allemagne ou le Royaume-Uni, où le service n’existe pas encore. Le bénéfice est évident : le parcours d’achat des touristes longue distance se fluidifie. Fini le contrôle manuel fastidieux à la douane ; désormais, il suffit de scanner le code-barres du formulaire détaxé aux bornes automatiques pour valider son remboursement, plus de file d’attente interminable. La promesse : rapidité, simplicité, efficacité.
Un autre virage attendu concerne l’accès au remboursement de la TVA. Global Blue salue la suppression du seuil minimal d’achat, actée par la loi de finances de juillet dernier. Cette évolution ouvre le dispositif à tout le tissu commerçant, y compris les petits points de vente qui, jusque-là, restaient à l’écart. En supprimant ce plancher, le système attire désormais les voyageurs enclins à des achats modestes mais fréquents, chaussures d’intérieur, objets du quotidien, souvenirs accessibles. Un coup de pouce précieux pour tout un pan du commerce local, qui voit enfin débarquer une clientèle internationale jusque-là réservée aux enseignes de luxe.
Entre délais raccourcis, vitrines numériques et simplification des démarches, l’enjeu est clair : capter à nouveau l’attention et la générosité des voyageurs chinois. Dans la compétition européenne, chaque détail compte. Reste à voir si l’Espagne saura transformer ces ajustements en véritable rebond, ou si d’autres destinations continueront de capitaliser sur sa lenteur administrative. Le prochain tableau des flux touristiques donnera la mesure du réveil, ou du surplace.

