Le calendrier n’a pas tremblé devant la pandémie. À deux reprises, le lancement du processus de révision du salaire minimum a cédé face à l’urgence sanitaire. Au lieu de démarrer en novembre comme prévu, l’État a décidé de retarder l’ouverture du dossier : quatre mois de répit supplémentaires, accordés via un amendement glissé dans la dernière loi du ministère de la Santé.
Ce report n’a rien d’anodin. Il décale tout le dispositif : désormais, la décision sur le nouveau salaire minimum devra atterrir sur la table du Conseil des ministres dans la seconde quinzaine de juillet. Un délai supplémentaire pour analyser la conjoncture, évaluer le marché du travail, jauger la croissance, la productivité, les revenus, le chômage, la compétitivité. La loi impose cette prise en compte minutieuse de la réalité économique grecque avant de fixer un chiffre qui concerne chaque travailleur payé au minimum légal.
Mais attention : le ministre du Travail écoute, consulte, mais n’est pas pieds et poings liés aux rapports d’experts. Il dispose d’une marge d’appréciation, même si les analyses fournies pèsent lourd dans la balance lorsqu’il formule sa proposition devant le gouvernement.
La situation actuelle
À l’heure où ces lignes sont écrites, le salaire minimum grec s’élève à 650 euros par mois, soit 29,04 euros pour une journée de travail. La crise sanitaire a bousculé la mécanique habituelle de revalorisation, forçant le gouvernement à revoir le calendrier et le mode opératoire.
Pour mieux comprendre le cheminement, voici les grandes étapes prévues par la procédure :
- Dans les dix derniers jours de mars, le processus démarre. Un comité tripartite, composé du président de l’Organisation de Médiation et d’Arbitrage, d’un représentant du ministère des Finances et d’un du ministère du Travail, sollicite par écrit différents organismes et instituts de recherche, comme la Banque de Grèce, l’Institut du Travail, le Service national de statistiques, ou encore l’Organisation de l’Emploi (OAED).
- Ces institutions rédigent un rapport d’évaluation sur le salaire minimum légal, incluant leurs projections à la lumière de la situation économique actuelle.
- La loi de 2013 impose un cadre précis : tout ajustement doit s’appuyer sur la productivité, les prix, la compétitivité, l’emploi, le chômage, les revenus et la dynamique des salaires.
- Les rapports doivent être remis avant le 30 avril selon le calendrier révisé.
- Le comité centralise les expertises, les compile dans un dossier, puis transmet ce dossier aux partenaires sociaux (syndicats, employeurs, fédérations sectorielles) afin qu’ils puissent à leur tour soumettre un mémoire argumenté sur l’évolution du salaire minimum.
- Au plus tard le 15 mai, chaque mémoire est partagé avec l’ensemble des parties prenantes, prélude à une consultation orale sur les éventuels ajustements.
- Avant le 31 mai, tout ce matériau, mémoires, rapports d’experts, est transmis au Centre de planification et de recherche économique (KEPE), qui élabore un projet de synthèse.
- Ce projet s’appuie sur l’expertise d’un groupe de cinq économistes indépendants, spécialisés dans l’économie du travail et la politique sociale. Leur mission : recenser les propositions, les points d’accord, étayer l’analyse avec des données sur l’économie grecque et le marché du travail, et présenter un état des lieux complet des enjeux du salaire minimum.
- Le 30 juin, le projet de synthèse est finalisé et remis aux ministres des Finances et du Travail.
- Il est ensuite publié sur le site du ministère du Travail, accompagné de tous les documents et rapports annexes.
- Enfin, au cours de la deuxième quinzaine de juillet, le ministre du Travail formule sa proposition définitive devant le Cabinet, en tenant compte de l’ensemble des consultations et avis collectés.
La question des triennats
En parallèle, un autre débat agite le monde du travail : celui des fameux « trois ans » d’ancienneté. La GSEE (grande centrale syndicale grecque) et les organisations patronales attendent une décision du Conseil de l’Europe. De cette décision dépendra le maintien ou la suppression des majorations accordées aux salariés justifiant d’une ancienneté antérieure à 2012. Si la justice tranche en faveur des travailleurs, les primes resteront en place, garantissant à certains une rémunération supérieure de jusqu’à 195 euros par mois. À l’inverse, si le Conseil statue pour les industriels, ces primes disparaitront, et des milliers de salariés pourraient voir leur fiche de paie amputée d’une part non négligeable de leur revenu.
Concrètement, depuis 2012, une prime de 30% s’applique au salaire minimum pour ceux qui cumulent suffisamment d’ancienneté. Le sort de cette majoration, et donc le niveau réel du salaire pour de nombreux travailleurs, dépendra du verdict à venir. La règle veut que ces « trois ans » soient rétablis dès lors que le taux de chômage descend sous la barre des 10%.
Les revendications de la GSEE
Dernièrement, la GSEE a appelé les employeurs à ouvrir des négociations en vue de signer une nouvelle convention collective nationale générale. Objectif affiché : défendre les droits des salariés dans un contexte où la pandémie a mis en lumière la fragilité du monde du travail.
Voici les axes principaux mis en avant par la GSEE dans cet appel :
- Restaurer pleinement la portée et l’universalité de la convention nationale, tant sur le plan financier qu’institutionnel, pour garantir le salaire minimum, rétablir une base de sécurité pour l’ensemble des travailleurs et fixer des seuils minimaux protecteurs pour l’économie comme pour la société.
- Valoriser, à travers la négociation collective, son rôle central dans la gestion des crises, le respect des protocoles sanitaires, l’organisation du travail à l’ère du télétravail, tout en anticipant les mutations du numérique et la transition écologique. Il s’agit aussi d’assurer le respect des droits individuels et collectifs, l’égalité, la santé, la sécurité, et l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle.
- Mettre la pression sur l’État pour que le dialogue social tripartite, tombé en sommeil depuis dix ans, reprenne vie. Trop d’interventions unilatérales ont réduit la marge de manœuvre des partenaires sociaux, alors que la régulation collective reste un pilier du modèle social grec.
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Le salaire minimum, c’est bien plus qu’un chiffre : c’est la ligne de flottaison de millions de vies, le reflet d’un choix collectif sur la dignité du travail. La décision à venir pèsera lourd, bien au-delà des chiffres posés sur un bulletin de paie. Reste à savoir si la société grecque choisira la prudence, l’audace ou le compromis.

